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dimanche 30 octobre 2011

LE CULTE DU SOUVENIR OUTRE ATLANTIQUE

En France, on nous rebat les oreilles avec des mots comme : « Devoir de Mémoire » mais pourquoi un « devoir » alors que ce devrait être naturel et qu’on fait finalement si peu de cas de la Mémoire.

Si nous avons nos Monuments au Morts, rares sont ceux qui vont au-delà de la Seconde Guerre Mondiale. Pour un peu on ne pourrait pas parler de "Guerre d’Algérie" longtemps baptisée « opération de maintien de l’ordre »… Quant à la précédente, celle d’Indochine, en voilà encore une dont on n’aime pas parler, pas plus que de notre présence en terre étrangère, que ce soit au Tchad, en Bosnie, ou en Afghanistan pour ne citer que quelques conflits auxquels nous fûmes ou sommes encore mêlés. On évitera ainsi de rappeler les faits en honorant leurs sacrifiés.

Certains rétorqueront qu’il existe des monuments et des plaques pour ces gens-là. Ce sont souvent des initiatives individuelles bien peu connues ou bien dissimulées. Rares sont nos villes qui ont fait ériger un mémorial comme à Fréjus pour l’Indochine.

Je me souviens avoir vu ces photos du rapatriement de soldats canadiens morts en Afghanistan, salués en héros lors de leur retour au pays.



On ne verra jamais ça Ici. Nos morts regagnent la France dans la plus totale indifférence.

En Amérique du Nord, le mot PATRIOTISME a encore un sens. Il n’y a qu’à voir les drapeaux déployés partout, sur les édifices et sur les monuments des villes, mais aussi dans les jardins.


Ce ne sont pas des pays où on ne peut cracher sur l’emblème de la nation ni le brûler sans que la police n’intervienne et les responsables soient sévèrement condamnés. On n’entendra jamais non plus huer l’hymne national que chacun respecte, chante ou écoute religieusement la main sur le cœur.

Toutes ces valeurs, nous les avons perdues parce que nous n’avons pas su les faire respecter.

Quant aux victimes civiles de crashes aériens, d’accidents ferroviaires, de catastrophes routières ou climatiques ainsi que d'attentats, chez nous il a souvent été difficile aux familles sinon très longtemps après, de voir ériger sur le site, une stèle à la mémoire de leurs disparus. En tous cas on ne consacrera jamais un musée mémorial à cette occasion.

Outre Atlantique, c’est l’inverse. On honore partout et à tous propos les faits et les hommes :


Par des « Historical Markers » ...


(sur les routes, ils sont pré signalés un mile avant dans les deux sens)

... et surtout par des plaques, et des stèles commémoratives... 





mais aussi des mémoriaux, ou des bâtiments entiers sous la forme de musées consacrés à ceux qui ont payé de leur vie le prix de la Liberté, ou un acte monstrueux...



...le tout étant particulièrement bien entretenu par les dons d'un peuple réceptif et généreux, les droits d’entrées et par les impôts locaux sans doute.

C’est le cas à Oklahoma City dont je parle dans le compte rendu de mon dernier voyage, mais de bien d’autres et bien sûr à New-York.



Sans doute les détracteurs y verront-ils du voyeurisme ?

A titre individuel, il n’est pas rare non plus de voir le nom de quelqu’un tout au long des routes avec la formule « In Loving Memory » 


- sur un panneau de parrainage pour le nettoyage d’une portion de route


- ou sur un banc, une petite plaque apposée en l’honneur du défunt (peut-être avait-il l’habitude de s’asseoir justement là, mais pas sûr…)



- gravé ou peint sur les vitres d’une voiture, ou simplement sous forme d'auto-collant 


et dans bien d’autres endroits autres que des cimetières. 

Je pense aussi que ces peuples sont beaucoup plus « religieux » que nous ne le sommes restés. Il n’y a qu’à voir le nombre de lieux de cultes dans ces pays. Rien que dans la périphérie proche du Mémorial d’Oklahoma City, il y a au moins trois églises de groupes chrétiens différents. Vous me direz qu’en matière de protection divine, ça n’a pas servi à grand-chose…



3 commentaires:

mariga(z) a dit…

Je pense que la différence vient du fait que l'enseignement de l'histoire aux Etats Unis a longtemps été délaissé L'histoire est par essence subjective, mais elle doit aussi accepter les "révisions"...
L'histoire des Etats Unis, n'a rien de glorieux pour les origines (destruction de l'environnement, massacre ou assimilation des communautés indigènes, guerres et utilisation de l'arme nucléaire sous de prétextes fallacieux etc...).
Or l'histoire d'une nation est vitale pour l'évolution d'un peuple, d'où sans doute ce culte du souvenir pour palier une déficience et récréer sa propre histoire ?

Cela dit, j'ai un sublime drapeau US dans mon entrée... a 48 étoiles :)

Ty.Jecyka a dit…

Je suis très partagée quant à ce point de vue.Cet étalage souvent excessif, du devoir de mémoire, des honneurs patriotiques et autres manifestations collectives m'apparait comme un mythe...comme un leurre pour une société où il existe malgré tout un décalage énorme entre les valeurs qu'elle tient à véhiculer et les actes qu'elle pose...trop souvent au nom de la liberté et de la démocratie... (Bien évidemment je ne pourrais que souligner que les québécois ne chantent pas le "O Canada" , la main sur le coeur et n'honorent pas l'unifolié...).Pour vivre au Canada (qui se considère comme le "plus mieux pays du monde"), je peux constater quelles sont les limites de la démocratie qui fonctionne que si elle arrange les gouvernants...Je suis d'accord avec Mariga(z) dans sa remarque quant à l'enseignement de l'histoire en Amérique du Nord qui est subjective et sélective...ne dit-on pas que l'Histoire est écrite par les vainqueurs?...Les vaincus auraient pourtant beaucoup à dire de leurs morts...Mais on n'honore bien que ceux qui préservent la dorure du blason...
Il faut malgré tout reconnaître que les Etasuniens ont cette capacité extra-ordinaire à ne faire qu'un seul corps lorsqu'il s'agit de défendre ou honorer l'image de leur fédération vis à vis de l'extérieur...mais leur histoire s'est constituée autour de cette fédération. Ce n'est pas le cas des pays du Vieux Continent qui ont chacun une histoire, une langue et une culture propres, c'est pourquoi il est si difficile de faire UNE Europe... est-elle souhaitable d'ailleurs? Car pour être fédéré il faut un référentiel commun,nous ne l'avons pas en Europe, c'est leur force aux Etats-Unis (pas au Canada...)

Ceci dit, j'apprécie particulièrement la notion de Jour du Souvenir qui ne s'adresse pas qu'aux morts mais à tous les vétérans aussi, donc aux vivants malgré tout...Pour ma part, le 11 novembre est un jour de souvenir pour tous ces civils anonymes, morts et/ou survivants qui ont fait de leur vie un combat pour la Liberté et qui revenus dans le monde de paix auquel ils avaient contribué n'ont cessé de crier: PLUS JAMAIS CA....mais l'homme a la mémoire courte et l'Histoire n'est qu'une série de recommencements...
Mais si j'ai bien compris (depuis mon bout du monde), l'actuel président français fait du souvenir une priorité politico-médiatique...

la-bricole a dit…

Merci à toutes les deux d’avoir si bien resitué ces trois pays dans leur contexte historique et politique. En écrivant ce post, je ne souhaitais pas que ce blog se transforme en tribune, juste faire un parallèle entre nos deux mondes. Mais, de manière impulsive, j’y ai mis sans doute tant de cœur que transpire un peu de mon ressenti personnel et je m’en excuse, ça n’a pas lieu d’être ici.